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Préjudice extrapatrimonial permanent

Le déficit fonctionnel permanent

Une épaule qui ne se lève plus au-dessus de l’horizontale, une fatigue qui ne passe pas, une mémoire moins sûre : les séquelles qui restent après la consolidation forment le déficit fonctionnel permanent, souvent appelé DFP. C’est fréquemment le poste central des dossiers de blessés graves.

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Ce que répare le déficit fonctionnel permanent

Le rapport Dintilhac range le DFP parmi les préjudices extrapatrimoniaux permanents : il ne s’agit pas d’argent perdu, mais d’une atteinte à la personne, constatée médicalement, qui a « une incidence sur les fonctions du corps humain de la victime ». Le poste touche « exclusivement à la sphère personnelle » et couvre plusieurs choses à la fois :

  • les atteintes aux fonctions physiologiques (mobilité, force, vision, audition, fonctions cognitives) ;
  • la douleur permanente ressentie après la consolidation ;
  • la perte de qualité de vie et les troubles dans les conditions d’existence au quotidien ;
  • la perte d’autonomie personnelle dans les activités de tous les jours.

Le rapport reprend une définition européenne, issue des travaux de Trèves de juin 2000 : « la réduction définitive du potentiel physique, psycho-sensoriel, ou intellectuel résultant de l’atteinte à l’intégrité anatomo-physiologique », à laquelle s’ajoutent les phénomènes douloureux, les répercussions psychologiques et les conséquences habituelles de cette atteinte dans la vie quotidienne.

Deux frontières sont à connaître. Le DFP prend le relais des souffrances endurées : une fois l’état consolidé, la douleur qui persiste relève de ce poste. Et il ne se confond pas avec le préjudice d’agrément, qui vise la privation d’une activité de loisir déterminée, alors que le DFP a un caractère général.

Source : rapport Dintilhac, 2005, partie II, préjudices extrapatrimoniaux permanents, lu le 05/11/2026.

Un taux fixé par l’expert

Le DFP s’exprime par un pourcentage. Le référentiel indicatif de l’ONIAM le décrit ainsi : le poste « est mesuré par un taux (de 1 à 100 %) », évalué « en référence à un barème médical basé sur les notions d’incapacité permanente partielle (IPP) ou d’atteinte permanente à l’intégrité physique ou psychique (AIPP) ». Ces notions sont équivalentes : un taux de 50 % d’AIPP ou d’IPP retenu par l’expert s’entend comme 50 % de DFP.

Ce taux ne se lit pas seul. Le même document explique que l’indemnisation de ce poste tient compte à la fois de la gravité (le taux) et de l’âge de la victime au moment de la consolidation, pour prendre en compte la durée pendant laquelle les séquelles seront vécues. C’est pourquoi deux personnes ayant le même taux ne se trouvent pas dans la même situation. Après l’Accident ne publie ni table ni calcul : cette évaluation relève de l’avocat.

Source : ONIAM, référentiel indicatif d’indemnisation, version du 01/04/2022, rubrique « Déficit fonctionnel permanent », lu le 05/11/2026.

Préparer l’examen : décrire vos limites réelles

Le taux dépend de ce que l’expert constate et de ce que vous lui décrivez. Les séquelles invisibles (fatigabilité, troubles de la concentration, irritabilité, douleurs chroniques) sont les plus faciles à sous-estimer, en particulier après un traumatisme crânien. Quelques réflexes utiles :

  • noter, sur quelques semaines, les gestes devenus difficiles ou impossibles (porter, conduire, monter un escalier, rester assis) ;
  • demander à un proche de rédiger une attestation sur les changements qu’il observe ;
  • apporter les bilans récents (kinésithérapie, neuropsychologie, ophtalmologie) ;
  • vous faire assister par un médecin conseil de victime, possibilité prévue pour les accidents de la route (code des assurances, art. L211-10).
Consolidation et taux vont ensemble. Le taux est fixé à la date de consolidation. Si cette date paraît prématurée au regard des soins encore en cours, c’est un point à soulever pendant l’expertise, avec l’aide d’un professionnel.

Accident du travail : taux de la CPAM et DFP ne sont pas la même chose

Après un accident du travail, la CPAM ou la MSA fixe un taux d’incapacité permanente. La fiche F14840 énumère les critères retenus : nature de l’infirmité, état général, âge, facultés physiques et mentales, mais aussi aptitudes et qualifications professionnelles. Ce taux sert à calculer une indemnité en capital ou une rente, et il se conteste devant la commission médicale de recours amiable dans les 2 mois de sa notification. Il ne s’agit pas du taux de DFP fixé en droit commun par un expert.

Pendant longtemps, la rente versée par la Sécurité sociale a été considérée comme réparant aussi, en partie, le déficit fonctionnel. Par un arrêt du 20 janvier 2023 (n° 21-23.947), l’assemblée plénière de la Cour de cassation a abandonné cette solution et jugé que « la rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent ». Dans un avis du 27 novembre 2025 (n° 25-70.015), la Cour a toutefois estimé qu’une victime dont la faute inexcusable de l’employeur avait déjà été jugée définitivement avant ce revirement ne peut pas revenir demander ce poste, en raison de l’autorité de la chose jugée.

Le législateur a ensuite réformé la rente : le décret n° 2026-354 du 7 mai 2026, pris pour l’application de l’article 90 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025, distingue une part professionnelle et une part fonctionnelle de la rente et entre en vigueur le 1er novembre 2026. La manière dont ces règles s’articulent avec une indemnisation complémentaire (faute inexcusable, tiers responsable d’un accident de trajet) est une question à poser à un avocat : Après l’Accident ne donne pas de consultation juridique (loi n° 71-1130, art. 54).

Sources : Service-public.gouv.fr, F14840 (vérifiée le 01/04/2026) ; Cass. ass. plén., 20/01/2023, n° 21-23.947 ; Cass. 2e civ., avis du 27/11/2025, n° 25-70.015 ; décret n° 2026-354 du 7 mai 2026, consultés le 05/11/2026.

Questions fréquentes sur le DFP

DFP, IPP, AIPP : quelle différence ?

En droit commun, ces sigles désignent la même mesure. Le référentiel de l’ONIAM indique que 50 % d’AIPP ou 50 % d’IPP évalués par l’expert s’entendent comme 50 % de DFP. En revanche, le taux d’incapacité permanente fixé par la CPAM après un accident du travail obéit à d’autres critères, dont les aptitudes professionnelles.

Le taux de DFP peut-il évoluer ?

Le taux est fixé à la consolidation, quand les séquelles sont considérées comme définitives. Si votre état s’aggrave ensuite, c’est une question d’aggravation du dommage, à examiner avec un avocat.

Ma rente d’accident du travail couvre-t-elle déjà ce poste ?

Par un arrêt du 20 janvier 2023 (n° 21-23.947), l’assemblée plénière de la Cour de cassation a jugé que la rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent. La rente a depuis été réformée par le décret n° 2026-354, en vigueur le 1er novembre 2026. L’effet de ces textes sur votre situation relève de l’analyse d’un avocat.

Avant de signer, être recontacté par un avocat

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Le taux de DFP se joue lors de l’examen médical. Être recontacté par un avocat qui défend les victimes avant cette date vous laisse le temps de préparer le dossier.

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