Après l’Accident est un service de mise en relation : nous ne sommes pas un cabinet d’avocats et ne donnons aucune consultation juridique.
Préjudices patrimoniaux

Perte de revenus et incidence professionnelle

Des mois d’arrêt, un retour à temps partiel, un poste qu’il faut quitter, une promotion qui ne viendra pas : l’accident pèse souvent sur la vie professionnelle bien au-delà des indemnités journalières. La nomenclature découpe ces conséquences en trois postes distincts.

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Avant la consolidation : les pertes de gains actuels

Le premier poste couvre les revenus perdus pendant la période de soins, jusqu’à la consolidation. Le rapport Dintilhac l’a volontairement isolé : auparavant, la notion d’« ITT » mélangeait la perte de salaire et la gêne dans la vie personnelle, et les juridictions ne l’indemnisaient pas toutes de la même façon. Depuis 2005, les pertes de gains professionnels actuels réparent uniquement l’aspect économique ; la gêne personnelle relève du déficit fonctionnel temporaire.

Ces pertes peuvent être totales (aucun revenu pendant l’arrêt) ou partielles (temps partiel thérapeutique, primes perdues, activité réduite). Leur évaluation se fait « in concreto », au regard de la preuve d’une perte de revenus établie par la victime. Pour un artisan ou un commerçant, le coût d’un remplaçant pendant l’immobilisation est rangé, selon le rapport, dans les frais divers.

Après la consolidation : les pertes de gains futurs

Une fois l’état stabilisé, les séquelles peuvent empêcher de retrouver le même niveau de revenus. Le rapport vise la perte ou la diminution des revenus consécutive à l’incapacité permanente, qu’elle vienne de « la perte de son emploi par la victime » ou de « l’obligation pour celle-ci d’exercer un emploi à temps partiel à la suite du dommage consolidé ».

Pour un enfant, un étudiant ou un jeune adulte qui ne travaillait pas encore, le rapport prévoit d’indemniser la privation de ressources professionnelles futures « par estimation ». Voir aussi la page consacrée à l’enfant blessé et le poste voisin du préjudice scolaire, universitaire ou de formation.

Le rapport précise que les prestations versées par la Sécurité sociale (pensions d’invalidité, rentes d’accident du travail), les mutuelles, les institutions de prévoyance et les employeurs publics doivent être déduites de ce poste, pour éviter une double indemnisation.

L’incidence professionnelle : tout ce qui n’est pas le salaire

Ce troisième poste complète le précédent sans le doubler. Il ne répare pas la perte de revenus elle-même, mais « les incidences périphériques du dommage touchant à la sphère professionnelle ». Le rapport en donne une liste ouverte :

  • la dévalorisation sur le marché du travail ;
  • la perte d’une chance professionnelle (concours, évolution de carrière, projet de création) ;
  • l’augmentation de la pénibilité du poste occupé, imputable aux séquelles ;
  • l’obligation d’abandonner son métier pour un autre ;
  • les frais de reclassement, de formation ou de reconversion ;
  • la perte de droits à la retraite liée à des revenus plus faibles.

Le rapport cite même le cas d’un parent au foyer qui perd la possibilité, dont il disposait avant l’accident, de revenir sur le marché du travail. Ce poste est souvent sous-estimé : il demande de raconter une trajectoire professionnelle, pas seulement de produire des bulletins de salaire.

Source : rapport Dintilhac, 2005, partie II, préjudices patrimoniaux temporaires et permanents, lu le 05/11/2026.

Sécurité sociale, employeur, prévoyance : qui récupère quoi

Pendant l’arrêt, l’Assurance maladie verse des indemnités journalières ; d’autres organismes peuvent compléter. Quand un tiers est responsable, ces organismes se font rembourser par lui ou par son assureur. La fiche F1422 explique que la déclaration d’un dommage corporel causé par un tiers permet à l’Assurance maladie de réclamer « le remboursement des prestations (exemple : indemnités journalières) et des frais » qu’elle a versés.

Depuis l’article 25 de la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006, ce remboursement s’impute poste par poste, ce qui rend la ventilation entre PGPA, PGPF et incidence professionnelle importante pour la victime. Après un accident du travail, la Cour de cassation retient que la rente a pour objet de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices professionnels (Cass. ass. plén., 20 janvier 2023, n° 21-23.947) ; la rente a depuis été réformée par le décret n° 2026-354 du 7 mai 2026. Ces mécanismes sont détaillés sur les pages accident du travail et déficit fonctionnel permanent.

Sources : Service-public.gouv.fr, F1422 ; ministère de la Justice, nomenclature des préjudices corporels ; Cass. ass. plén., 20/01/2023 ; décret n° 2026-354, consultés le 05/11/2026.

Les documents qui font la preuve

Ces postes se démontrent par pièces. Plus le dossier est complet tôt, moins la discussion porte sur l’existence même de la perte.

  • bulletins de salaire des mois précédant l’accident, et ceux de la période d’arrêt ;
  • avis d’imposition des années précédentes ;
  • relevés d’indemnités journalières et de prestations de prévoyance ;
  • pour un indépendant : bilans, déclarations de chiffre d’affaires, factures d’un remplaçant ;
  • contrat de travail, avenants, entretiens annuels, promesses d’évolution écrites ;
  • avis du médecin du travail, décision d’inaptitude, courrier de licenciement le cas échéant ;
  • relevé de carrière, pour mesurer l’effet sur la retraite ;
  • inscriptions à un concours, une formation, un projet professionnel interrompu.
Chiffrer, c’est le rôle de l’avocat. Calculer une perte de gains futurs suppose des choix (revenu de référence, durée, prise en compte des prestations) qui relèvent du conseil juridique, réservé aux avocats et aux professionnels habilités (loi n° 71-1130, art. 54). Après l’Accident ne fait aucun calcul.

Questions fréquentes sur la perte de revenus

Mes indemnités journalières viennent-elles en déduction ?

Les prestations versées par la Sécurité sociale pour compenser votre perte de salaire sont remboursées par le responsable ou son assureur à l’organisme qui les a payées. Depuis la loi n° 2006-1640, ce recours s’exerce poste par poste : il s’impute sur le poste de préjudice que la prestation indemnise. Le détail du calcul se vérifie avec un avocat.

Je n’avais pas encore d’emploi au moment de l’accident : puis-je être indemnisé ?

Le rapport Dintilhac prévoit, pour les jeunes victimes qui ne percevaient pas encore de revenus, de prendre en compte la privation de ressources professionnelles futures par estimation. Il cite aussi l’exemple d’un parent au foyer qui perd la possibilité de reprendre un emploi, au titre de l’incidence professionnelle.

J’ai perdu mon emploi à cause de mes séquelles : quel poste est concerné ?

La perte de l’emploi due aux séquelles fait partie des situations visées par le rapport Dintilhac au titre des pertes de gains professionnels futurs. Le fait de devoir abandonner son métier pour un autre relève en plus de l’incidence professionnelle. Vérifier que les deux postes ont été examinés est un travail d’avocat.

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